Compétence 12 : Agir de façon éthique et responsable dans l’exercice de ses fonctions.
Ce qui suit est inspiré de faits réels.
Il était une fois une fillette âgée de 10 ou 11 ans. Pour les besoins de l'histoire, nous l'appellerons Annie.
Annie était 5e année du primaire, dans une école tout à fait normale d'un quartier tout aussi normal. Lors des rencontres de parents, son enseignante la décrivait comme étant une jeune fille timide, réservée, introvertie, à la limite incapable de créer des liens. Ses résultats n'étaient pas très bons. Elle réussissait certes, mais sur la peau des fesses comme on dit ! En fait, elle était l'élève la plus faible de son niveau. Sur la cour d'école, peu de personnes lui adressaient parole... sauf si c'était pour se moquer d'elle, bien sûr. Et je ne vous dis même pas ce que c'était en classe ! Un véritable enfer, et encore, le mot était faible ! Des amis ? Elle n'en avait que très peu... voir même pas du tout. Cette situation n'avait rien de nouveau. En réalité, Annie était la risée de ses "camarades" depuis le premier jour où elle avait mis les pieds dans son école, c'est-à-dire depuis la maternelle ! Pourquoi ? On ne le saura jamais. Mais nous savons tous à quel point les enfants peuvent être méchants entre eux.
Un dicton veut que les jours se suivent, mais ne se ressemblent pas. Pour Annie, c'était tout le contraire. Chaque jour, c'était la même routine. Sitôt levée, elle savait qu'elle devait affronter une fois de plus les élèves de sa classe. Inutile de vous dire qu'elle n'arrivait pas à déjeuner sans avoir la nausée et que plus d'une fois, elle avait fait semblant d'être malade afin de prendre "congé" de ce qu'elle vivait à l'école. En chemin, elle espérait ne croiser personne. La mine basse, elle arrivait dans la cour d'école où son calvaire commençait. Annie était souvent la cible de commentaires sur ses cheveux roux coupés à la garçonne et sur ses vêtements. Elle voulait s'intégrer, mais encore aurait-il fallu qu'on veuille l'ingérer. Et c'est ainsi qu'elle restait seule,dans un coin de la cour d'école. Les regards tournés vers elle voulaient tout dire. Elle savait qu'on parlait d'elle, qu'on riait d'elle. En classe, ça se poursuivait. Dans de pareilles circonstances, comment voulez-vous qu'un enfant arrive à se concentrer et à ne pas avoir la tête ailleurs ? Alors bien sûr, en plus d'avoir à supporter les moqueries, il lui fallait aussi endurer les remarques du professeur : « Annie, cesse de regarder par la fenêtre ! », « Annie, pourrais-tu répéter la consigne ? », « Annie, comment se fait-il que tu n'aies pas encore compris ce qu'il fallait faire ? ». « Bon sang ! » Se disait Annie. « Mon professeur est-elle aveugle ? Pourquoi ne comprend-elle pas ce que je vis ? Pourquoi ne prend-elle pas ma défense ? » Ce genre de questions, Annie se les est souvent posés et se les pose encore aujourd'hui avec du recul. Mais là n'est pas le coeur de mon histoire...
Un matin, alors qu'elle était toujours en 5e année, Annie apprenait par l'intermédiaire d'une camarade que tous les autres élèves de sa classe lui préparaient une mauvaise blague. En effet, les 23 élèves comptaient attendre Annie dans la cour d'école à la fin de la journée, afin de lui lancer des objets divers : nourriture, ballons remplis d'eau, etc. Cette journée-là, la fillette eut beaucoup de difficulté à se concentrer. Pas de chance, elle avait un test de mathématiques qui comptait pour le bulletin. Regardant l'horloge à chaque heure qui passait, elle aurait voulu arrêter le temps et faire en sorte que la fin de la journée n'arrive jamais. Mais l'heure fatidique sonna et Annie, contrainte de s'en retourner chez elle, décida de ne pas bouger de la classe. Surprise, son enseignante vint la voir et lui demanda pourquoi elle était toujours là. Annie lui raconta l'histoire, l'air à la fois bouleversé et inquiet. L'enseignante ne trouva rien de mieux à lui dire que : «Je ne peux malheureusement rien faire pour toi, Annie. C'est la fin de la journée et tu dois t'en retourner à la maison. Moi, j'ai une réunion avec les autres professeurs et je ne pourrai pas rester ici avec toi.»
Incroyable, mais tristement VRAI !
Et Annie, la petite fille de l'histoire, c'est nulle autre que moi.
Si j'ai tenu aujourd'hui à vous raconter cette histoire, ce n’est nullement dans l'intention de m'attirer votre pitié. Je voulais surtout exprimer mon point de vue concernant l'attitude de mon enseignante, que je juge aujourd'hui déplorable. Avec le recul, je considère qu'elle a fait preuve d'un manque flagrant d'éthique. Un enseignant n'a-t-il pas le mandat de s'assurer que ses élèves sont en sécurité jusqu'à la sortie de la cour d'école et surtout d'intervenir si quelque chose de similaire à ce que j'ai vécu se produit ? Je crois que la question ne se pose même pas ! Si mon enseignante avait fait preuve d'éthique, elle m'aurait accompagné jusqu'à la sortie de l'école. Mieux encore, elle aurait tout fait pour que je rentre chez moi en toute sécurité en appelant à la maison pour que mes parents viennent me chercher. Qu'est-ce qu'un simple appel, sinon un geste responsable qui aurait empêché que je rentre seule chez moi à la course, par peur d'être rattrapée par les élèves de ma classe. Aucune réunion ne peut être plus importante qu'un élève en difficulté ayant besoin d'aide. La morale de cette histoire ? C'est qu'en tant que enseignante, jamais je ne laisserai une telle situation se produire dans ma classe ou devant mes yeux. Mais il ne faut pas non plus mettre tout le blâme sur mon enseignante. Je crois qu'à cette époque, et encore aujourd'hui, les enseignants ne sont pas assez outillés pour intervenir dans ce genre de situation. Bien des gens préfèrent fermer les yeux.
Pour ceux et celles qui veulent connaître la suite de l'histoire et bien, je la résumerais en disant que les moqueries et les méchancetés des élèves de ma classe ont continué jusqu'à ce que mes parents s'en mêlent. Ils ont rencontré la direction, ainsi que mon enseignante et certains parents. Mes six années passées à l'école primaire ont été les pires de ma vie. Cette situation dans laquelle j'ai été plongé de la maternelle à la sixième année a pris des proportions que j'ai encore de la difficulté à réaliser et à oublier. C'est toute mon intégrité qui a été atteinte, ainsi que mon estime personnelle et, il en va de soi, mes résultats scolaires qui se sont traduits plus souvent qu'autrement en échecs. Bien que tout ceci ait laissé des traces et des blessures, je suis fière de dire que je m'en suis sortie. Cela a fait de moi la personne humaine et forte que je suis aujourd'hui. Il est de ces épreuves qui endurcissent le caractère et qui font de nous de meilleures personnes.



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